Aéronautique Club de France

Centre d’Instruction aéronautique fondé en 1897

Histoire de l’ACDF

Auteur : Philippe Lamy

Fondé en 1897, l’Aéronautique-Club de France est la plus ancienne institution aéronautique encore en activité. Doyen des aéro-clubs en France, il est également le doyen des aéro-clubs du monde, du fait de la position pionnière de la France en aéronautique à la fin du XIXème et au début du XXème siècle. Son histoire et celle de ses membres se confondent avec l’histoire de l’aéronautique.

20 octobre 1897

Réunion fondatrice d’une « Société aérostatique » nommée l’Aéronautique-Club. Celle-ci a lieu à l’initiative de Jules Saunière et se déroule au café Moser situé au 3 avenue de Clichy, dans le 17ème arrondissement de Paris.

Les présents sont Lapierre, Victor Lachambre, aéronaute, Paul Boutelant et Emile Rémond, caporaux aérostiers, Paul Berthel et Gabriel Haguenier, sapeurs aérostiers, Jules Saunière sous-officier du Génie et Herman, photographe. Boutelant, Rémond, Berthel, Haguenier et Saunière sont des anciens conscrits de la classe 92. Tous les 5 ont effectué leur service militaire dans la compagnie d’aérostiers du 3ème Génie à Arras. A l’issue de la réunion, Jules Saunière est élu président et l’Aéronautique-Club est domicilié à Levallois-Perret, au 89 rue Chevallier, adresse privée de Saunière. La Société commence à fonctionner le 1er novembre 1897.

 

Compte-rendu de la réunion fondatrice du 20 octobre 1897
(archives ACDF/Meaux)

27 mai 1898

La Société est autorisée à fonctionner sous le nom d’Aéronautique-Club par un arrêté du Préfet de police.

Le 21 octobre 1898, un nouvel arrêté pris par le Président du Conseil, permet à la Société de prendre, le nom d’Aéronautique-Club de France, dénomination qui devient officielle le 20 janvier 1900 avec l’autorisation pour la Société d’exercer ses activités dans toute la France. L’acronyme A.C.F sera utilisé jusqu’en 1905. A cette date, il sera ajouté le « D » (A.C.D.F.) afin d’éviter toute confusion avec les initiales de l’Aéro-Club de France (Aé.C.F).

L’ACDF est à l’origine de la Section Lyonnaise de l’Aéronautique-Club, fondée probablement en 1898. Sous l’impulsion des frères Boulade, la section lyonnaise deviendra indépendante de la direction parisienne de l’ACDF au début 1906. Nommée Aéronautique-Club de Lyon, cette ancienne section de l’ACDF deviendra l’Aéro-Club du Rhône et du Sud-Est actuellement basé sur l’aérodrome de Lyon-Bron.

26 septembre 1898

Le Ministre de la Guerre confie à l’Aéronautique Club de France le soin de faire fonctionner une Ecole préparatoire aux aérostiers militaires.

Les cours débutent la deuxième quinzaine de novembre 1898 et se déroulent le soir, de 20h30 à 22h00, dans une classe de l’école communale de garçons, au 11 rue d’Argenteuil à Paris.

A partir de 1902, des cours pratiques  viendront compléter les cours théoriques.

Mars 1902

L’ACDF se dote de sa propre revue trimestrielle nommée L’Aéronautique. La revue connaissant des difficultés financières, elle n’est publiée que jusqu’en 1908.
Après une interruption, l’Aéronautique reprend en tant que revue bi-mensuelle, mais semble s’arrêter définitivement en 1913.
Le nom de la revue l’Aéronautique quant à lui sera repris en juin 1919 par une revue mensuelle publiée par l’éditeur parisien Gauthier-Villars.

 

Couvertures des n°1 de l’Aéronautique (1902) et n° 3 de la nouvelle série (1912)
(archives ACDF/Meaux)

13 novembre 1902

A Moisson, premiers essais libres du dirigeable Lebaudy, dirigeable nommé « le Jaune » du fait de la couleur de son enveloppe.

L’ingénieur Henri Julliot, qui conçut le dirigeable, est membre de l’ACDF, de même qu’Edouard Surcouf, constructeur du dirigeable, le pilote Georges Juchmès et le mécanicien Henri Rey.

13 dirigeables furent construits à Moisson entre 1902 et 1914.

 

Le Lebaudy 1, dit « le Jaune », le 13 novembre 1902
(L’Aérophile – Bnf site Gallica – archives ACDF/Meaux)

20 mai 1906

Le 10 juin 1906, c’est le capitaine Ferber qui fait don de son planeur à l’ACDF.

25 avril 1904

Le siège social est transféré au 58 rue Jean-Jacques Rousseau, Paris 1er.

Janvier 1926, l’ACDF est domicilié au 67 rue Meslay dans le 3ème arrondissement de Paris, puis le 1er juillet 1939 au 37 rue Lafayette.

Si la présence de l’ACDF sur l’aérodrome de Meaux-Esbly est avérée dès 1947, le siège social y sera transféré officiellement en 1987.

Septembre 1904

Après plusieurs ascensions de ballons en ce lieu, un terrain est mis à disposition par la direction de l’usine à gaz de Rueil. Ce terrain devient le parc d’aérostation de l’ACDF.  C’est à cet endroit aménagé que sont organisées régulièrement les ascensions des membres et les fêtes de l’ACDF.

 

Le parc d’aérostation de l’ACDF à Rueil
(archives ACDF/Meaux)

Janvier 1906

Création du Comité des Dames. C’est le 2 février 1906 qu’est organisée la première réunion de ce nouveau comité, dont le règlement sera adopté le 6 février par le Comité de direction de l’ACDF. Le Comité des Dames est doté de la même structure que l’ACDF, à savoir un Comité de Direction, dont la présidence est assurée par Mme Marie Surcouf, la vice-présidence par Mme Saunière, femme du président de l’ACDF et le secrétariat par Mlle Gache.

Le Comité des Dames fut la première association française de femmes aéronautes. Suite à un contentieux avec la direction de l’ACDF, la majorité des membres féminins du Comité quittèrent l’ACDF en 1908. Peu après, Mme Surcouf fonda en 1909 la Stella. La Stella, premier aéro-club féminin, œuvra grâce à Marie Surcouf, au développement de l’aéronautique féminine.

 

Invitation au banquet du Comité des Dames de l’ACDF, 1907
(archives ACDF/Meaux)

20 mai 1906

Présentation publique sur la Butte Chaumont, à Champlan près de Palaiseau, du planeur de l’ACDF. Ce planeur fut fabriqué par la société Blériot-Voisin à la demande du Comité d’études pour l’aviation de l’ACDF et livré ce jour par Gabriel Voisin qui participa aux différents réglages.

Le 10 juin 1906, c’est le capitaine Ferber qui fait don de son planeur à l’ACDF. Champlan devient alors le lieu des expériences de « planements » des membres de l’Ecole pratique de vol plané de l’ACDF, que certains considèrent comme la première école aéronautique.

Les rendez-vous de Champlan seront réguliers jusqu’à la veille de la première guerre mondiale.

 

Le planeur Voisin à Champlan 20 mai 1906
(photo L. Rudaux – AD de la Manche/St Lô)

23 août 1906

Mme Surcouf, présidente du Comité des Dames de l’ACDF et brevetée pilote de ballon depuis le 28 juillet 1906, effectue en compagnie de Melle Gache, secrétaire du Comité, le premier vol en ballon libre d’un équipage féminin.

Parti du parc d’aérostation des Côteaux à Saint-Cloud, parc de l’Aéro-Club de France, le « Bengali », cubant 600 m3, se pose dans un champ à Neuilly sur Marne, après avoir survolé la Tour Eiffel à 600 mètres d’altitude et traversé Paris dans toute sa largeur.

 

Reconstitution du vol du Bengali.
A droite Melle Gache, à gauche Mme Surcouf
(revue Fémina du 1er octobre 1906 – archives ACDF/Meaux)

3 août 1909

Premier brevet avion délivré par l’ACDF à Louis Paulhan. Entre cette date et le 4 novembre 1913, l’ACDF délivrera 25 brevets.

Parmi ces brevetés, outre Paulhan, on relève les noms de de Pischoff, Wateau, Busch, Laverlochère…

 

Brevet de pilote d’avion délivré par l’ACDF à Ernest Busch le 5 novembre 1912
(coll. P. Busch)

27 avril 1913

Inauguration du nouveau parc d’aérostation de l’ACDF, situé à Gennevilliers, à proximité du pont d’Epinay.

C’est de ce lieu que se dérouleront les ascensions dominicales et les fêtes de l’ACDF et ce jusqu’à la veille de la Seconde guerre mondiale.

 

Emplacement du parc ACDF de Gennevilliers
(archives ACDF/Meaux)

1913

Procès entre l’Aéronautique-Club de France et l’Aéro-Club de France (A.éC.F.). Ce procès est l’épilogue perdu par l’ACDF, d’un conflit en légitimité entamé en 1910 entre les deux plus grandes institutions aéronautiques de l’époque.

Fondé en octobre 1898, soit un an après l’Aéronautique-Club de France, l’Aéro-club de France est à l’initiative de la création à Paris le 12 octobre 1905, de la Fédération Aéronautique Internationale (FAI).

1914-1918

A la déclaration de la guerre, les membres de l’Aéronautique-club de France en âge de combattre sont mobilisés, d’autres s’engagent. Certains d’entre eux, forts de leur formation aéronautique reçue à l’ACDF, servent dans les rangs de l’Aéronautique militaire. Comme beaucoup d’autres, ils ne furent pas épargnés par la guerre.

Un premier bilan est dressé par le président Jules Saunière dans un compte-rendu paru en 1922 dans la revue les Ailes du 22 avril 1922. Saunière y indique 26 tués à l’ennemi et 15 blessés, mais aussi les 33 citations, 6 médailles militaires, 7 croix de chevalier et une d’officier de la Légion d’Honneur.

Parmi ces morts, le capitaine Victor Bacon. Bacon est un des membres les plus anciens de l’ACDF, où il occupe les postes de trésorier puis de vice-président.

Lieutenant de réserve, il est affecté en 1914 au 1er régiment d’aérostation, où il commande la 2ème compagnie d’aérostiers. Par la suite, il intègre à sa demande l’aviation et devient observateur à l’escadrille MF 29.

C’est en participant au bombardement du terrain allemand de Mulhouse, le 18 mars 1916, que son avion piloté par le maréchal des logis Leroy est touché lors d’un combat aérien. L’avion étant en feu, il se jette de celui-ci et tombe d’une hauteur de 1 500 mètres. Bacon et Leroy auront le « privilège » d’être abattus par Ernst Udet, futur As allemand aux 62 victoires, dont c’est la première victoire.

Décembre 1921

L’activité de l’ACDF redémarre doucement. Les inscriptions reprennent à partir de mi 1919. En 1921, l’ACDF compte 205 membres, dont 8 pilotes aviateurs et 16 pilotes aérostiers. De nouveaux responsables, comme Charles Dollfuss, ou André Wateau, intègrent le Comité de direction de l’ACDF. Les cours pour la formation des personnels navigants ou non navigants de l’aéronautique, mécaniciens notamment reprennent courant 1922.

Durant l’entre-deux-guerres, l’ACDF continue son œuvre de promotion de l’aviation. Des baptêmes de l’air sont organisés au Bourget sur avion Goliath ou à l’aéro-club du Touring Club de France à Buc, des tarifs promotionnels sont négociés avec certaines compagnies aériennes, la formation théorique et pratique des membres, qu’elle soit à vocation civile ou militaire, sur place ou par correspondance est assurée par des instructeurs qualifiés.

Le siège social et la bibliothèque riche de plusieurs milliers d’ouvrage sont accessibles au public. Aéro-diffusion un office de promotion des métiers de l’aérien dont le but est de centraliser tous les renseignements sur l’Aviation est créé par l’ACDF en 1938.

 

Carte promotionnelle des activités de formation de l’ACDF.
(archives ACDF/Meaux)

1939-1945

Le 1er juillet 1939, L’ACDF  intègre son nouveau siège social au 37 rue Lafayette, dans le 9ème arrondissement de Paris. La guerre est déclarée le 1er septembre 1939. Le siège social reste ouvert tous les jours de 14 à 18 heures et les cours par correspondance continuent d’être assurés avec l’autorisation des autorités militaires.

Après l’armistice de juin 1940 et le début de l’Occupation, l’activité formatrice de l’ACDF n’est pas totalement suspendue, seule subsistant la formation par correspondance. Dans le même temps, le Comité de direction s’emploie à maintenir les liens entre les membres et assure la solidarité avec les prisonniers en Allemagne.

En décembre 1941, est créée l’Association des Sports Aériens de la Région Parisienne (A.S.A.R.P.) qui fédère les aéro-clubs de la région parisienne développant récemment ou non une activité d’aéromodélisme. Jules Saunière est membre du Conseil d’administration de l’A.S.A.R.P et de la Commission Organisation Générale et Sportive des Modèles Réduits.

L’activité de l’ACDF à partir de ce moment se résumerait, (sans aucune certitude du fait de l’absence d’archives sur cette période), à la pratique du modèle réduit. L’A.S.A.R.P. fonctionnera jusqu’en 1945.

2 janvier 1945

Germain Breton, le nouveau président de l’ACDF informe les adhérents de la démission de Jules Saunière.

Celui qui a fondé l’ACDF et qui l’a présidé pendant presque 50 ans, quitte à 72 ans passés la présidence et devient Président d’Honneur de l’Aéronautique-Club de France.

Janvier 1947

Prêt à l’ACDF par l’Etat français d’un Stampe immatriculé F-BCFL.

A cette époque l’ACDF a toujours son siège social rue Lafayette, mais utilise l’aérodrome de Meaux-Esbly pour les vols de ses membres.

Septembre 1947

A l’initiative d’Alexandre Ananoff, membre du Comité de Direction de l’ACDF, est créé un Groupement Astronautique au sein de l’Aéronautique-Club de France.

Ce groupement a pour objectif de porter à la connaissance des membres toutes les informations concernant la « conquête de la très haute atmosphère ». Cette nouvelle discipline s’appuie sur les récentes utilisations de l’aviation à réaction.

Février 1964

Fusion entre le Club aéronautique de Meaux-Paris et l’Aéronautique-Club de France. La nouvelle entité garde le nom d’Aéronautique-Club de France.

1967

Construction et inauguration du premier club house de l’ACDF sur l’aérodrome de Meaux-Esbly.

Construit en matériau préfabriqué, avec de grandes fenêtres qui occupaient toute la façade de 22m de long côté piste, deux bureaux, une grande salle de réunion, des sanitaires et même une douche étaient à la disposition des membres.

 

Premier club house de l’ACDF à Meaux
(archives ACDF/Meaux)

1995

Construction de l’actuel club house.

27 et 28 septembre 1997

Fête aérienne du Centenaire de l’Aéronautique-Club de France.

13 et 14 septembre 2008

Fête aérienne des 111 ans de l’Aéronautique-Club de France.

Sources

Archives de l’Aéronautique-Club de France. En complément, les revues aéronautiques : les Ailes, l’Aérophile, l’Aéro, l’Aéronautique, revue de l’ACDF. Presse : La Marne, le Parisien, la revue Fémina, la revue du TCF, etc…

Archives : Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, Archives de Paris, Archives Nationales, Archives du Touring-Club de France, Service Historique de la Défense-Vincennes, la Bibliothèque Nationale de France et son site Gallica, archives départementales (Yvelines, Manche, Côte-d’Or…), archives municipales de Boulogne-Billancourt, de Gennevilliers, de Juziers, de Paris. Archives privées : M. Patrick Busch, Famille Petit

Archives de l’ACDF

Les archives de l’Aéronautique-Club de France peuvent être consultées aux heures d’ouverture du club-house ou sur rendez-vous. Pour cela, il est nécessaire d’en faire la demande par écrit à Aéronautique-Club de France, commission histoire, aérodrome de Meaux-Esbly 77450 Isles-les-Villenoy ou bien par courriel via le site de l’ACDF.

Pour toute publication ou diffusion, un engagement à citer la source « archives ACDF/Meaux-Esbly » sera obligatoirement établit entre l’ACDF et le demandeur.